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Jazz à Vannes | Rétrospective

Retrouvez le compte rendu de l'ensemble des soirées du festival Jazz à Vannes 2010 au jardin de Limur...
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Concert du 31 au jardin de Limur | Maraca et Spok Frevo Orchestra

Maraca : cocktail afro-cubain servi frais

Maraca

La dernière soirée du festival, qui se veut traditionnellement festive et latino, n’a pas dérogé à la règle. Malgré une météo qui n’avait rien d’équatoriale, l’ambiance a été rapidement réchauffée par Maraca et sa troupe cubaine composée d’une dizaine de musiciens. Une solide section de cuivres, des morceaux gorgés de percussions, le public de Limur fut rapidement invité à danser et à remuer dans les gradins.

Le groupe a proposé avec envie un savant patchwork de musique sud-américaine : des morceaux tour à tour salsa, samba, bossa et latin-jazz, bâtis sur des rythmes endiablés qui ont su faire monter la température d’un cran.

Le leader Orlando « Maraca » Valle a alimenté de nombreux morceaux avec des solos de flûte traversière dont il a le secret, qui constituent d’ailleurs la marque de fabrique du groupe.

Spok Frevo Orquestra : un avant-goût du carnaval de Recife

Le public de Jazz à Vannes, pour le tout dernier concert de cette 31e édition, a été invité à découvrir le frevo, un style musical méconnu venant tout droit de Recife, au Brésil. Apparue en 1907, le frevo ne se jouait à l’origine que pendant le carnaval, accompagné de danses.

Spok Frevo Orquestra

Avec une imposante formation sur scène aux allures de big band (17 musiciens, dont pas moins de 12 cuivres), SpokFrevo a pris le plus grand plaisir à faire partager cette musique qui incarne l’âme et la culture de cette région du Brésil. Inaldo « Spok » Albuquerque, leader de la formation et saxophoniste virtuose, a apostrophé le public tout au long du concert, dévoilant volontairement les particularités de cette musique brésilienne « qui ne s’apprend pas dans les livres ».

Le frevo puise ses racines dans la culture sud-américaine : une musique à la tonalité jazzy, gorgée de soleil, et construite sur de riches arrangements de cuivres. Saxs, trombones, trompettes, les instruments à vent se sont en effet succédés, avec une alternance de solos ultra-rythmés qui invitent clairement à la danse.

Le SpokFrevo, rejoint sur scène par des membres de Maraca, a réservé au public un final en forme de feux d’artifice, pour une reprise euphorique de l’hymne du carnaval de Recife. Le public de Limur était debout, en transe, et autant vous dire qu’il ne manquait plus que les danseuses et les confettis pour ne pas s’imaginer défiler dans un carnaval brésilien en plein mois de février…

Concert du 30 au jardin de Limur | Angelo DEBARRE et le Trio ROSENBERG

Angelo Debarre : entre amis autour d’un feu de camp

Pour cette soirée « hommage » à Django Reinhardt, la scène de Limur avait des allures de camp nomade. Avec pour décor des roulottes (que l’on appelle « verdines », comme l’expliquera Angelo Debarre) et un feu de camp factice, le public était invité à écouter, en famille, de la musique manouche au crépuscule.

Angelo Debarre

Avec Debarre et ses troupes, le répertoire s’inscrivait dans la plus pure tradition du jazz manouche, reposant sur une guitare lead et les solos du maître Angelo, une guitare rythmique et une contrebasse. A ce socle inamovible est venu se greffer au fil du spectacle, ça et là, des parties de violon aux accents très tziganes, une clarinette apportant une indéniable fraîcheur, puis en fin de concert un accordéon permettant à l’ensemble d’aborder des tons et des sonorités différentes.
Le set, assez long pour une première partie et parfois assez linéaire, a fait la part belle aux morceaux enlevés et sautillants, avec des tempos souvent très rapides portés par le jeu très véloce d’Angelo Debarre.

Trio Rosenberg : une histoire de famille

Groupe phare du jazz manouche, le seul qui soit en activité sur les scènes internationales depuis plus de 20 ans, le trio Rosenberg s’arrêtait à Vannes pour la première fois.

The Trio Rosenberg

Adoubée par Stéphane Grappelli comme sa favorite parmi tous les représentants en activité, la famille Rosenberg a creusé encore un peu plus le sillon du jazz manouche, dans une formation plus réduite (deux guitares et une contrebasse) mais avec autant de panache que leur ami Debarre.

Les trois artistes hollandais se sont en effet évertués à prêcher la bonne parole de leur maître Django, avec du swing et beaucoup d’énergie. Un peu trop peut-être, l’un des guitaristes étant contraint de changer durant le show deux cordes d’une guitare acquise depuis peu.

Symboliquement, le Trio invita leur ami de longue date Angelo Debarre à partager un dernier morceau (pour la route, évidemment) en la mémoire du grand Reinhardt. Plus que conquis, le public de Limur salua les artistes par une standing ovation appuyée.

 

Concert du 29 au jardin de Limur | Eric LEGNINI, Trippin’ et le Trio : GALLIANO / LAGRENE / LOCKWOOD

Eric Legnini : pas de blague

Eric Legnini

Le célèbre pianiste belge Eric Legnini ne nous a pas fait de blague. Fidèle à son statut d’artiste faisant partie du gratin jazzistique international, il est venu défendre en formation légère (piano-batterie-contrebasse) son dernier album intitulé « Trippin’ ».

Un disque aux couleurs soul, blues, gospel et jazz… Un excellent cocktail servi frais sur la scène de Limur.
Le trio a livré un flot ininterrompu de notes et de rythmes hétéroclytes, une musique patchwork tonique, mettant parfois en exergue des accents samba et bossa très dépaysants. Le pianiste lorgne sans vergogne dans plusieurs directions, explorant de nombreuses sonorités, du funk seventies appuyé par un Fender Rhodes sur plusieurs morceaux, à des thèmes relevant davantage d’un jazz plus classique.

 

Galliano-Lagrene-Lockwood : le triangle des Bermudes du jazz

Ces trois grands noms du jazz français étaient attendus de pied ferme sur la scène du Jardin de Limur, au vu de l’accueil que lui a réservé le public. Pour un concert forcément mémorable, puisque les trois compères se retrouvaient dans le cadre d’une tournée inédite.

Galliano-Lagrene-Lockwood

Trois instruments acoustiques, pas de percus, jeu de scène réduit à néant : la configuration scénique minimale rendait le challenge particulièrement relevé. Pas de problème pour notre trio de virtuoses qui n’a connu aucune difficulté à occuper le plateau, très vite noyé sous un déluge de notes et de rythmiques, le tout porté par un enthousiasme évident de nos trois acolytes, juste ravis d’être là.

Dans une ambiance primesautière, avec des airs frais et enjoués, les artistes ont pris un malin plaisir à mettre en avant, chacun leur tour, les vertus de leur instrument respectif. Chaque solo a d’ailleurs été ponctué par les acclamations d’un public aux anges… Galliano, Lagrène et Lockwood ont d’ailleurs chacun gratifié les spectateurs d’une interprétation seul sur scène, faisant montre de façon époustouflante de leur virtuosité et d’une dextérité à faire pâlir tout élève de conservatoire.
Il va de soi qu’après environ deux heures de show, les trois jazzmen ont reçu une standing ovation très méritée.

Concert historique du 28 au jardin de Limur | Ibrahim Maalouf et le McCoy Tyner Quartet

Ibrahim Maalouf : Trompette en apesanteur

Précédent sur la scène de Limur une légende du jazz dont il pourrait être le petit-fils, Ibrahim Maalouf s’est évertué à soigner son statut de relève française du jazz contemporain. A tout juste 30 ans, il s’impose comme un virtuose, déjà reconnu internationalement en tant que trompettiste et compositeur de musique jazz-oriental.

Hindi Zahra au festival Jazz à Vannes

L’ensemble de ses compositions et improvisations gravitent en effet, sur ses albums comme sur scène, autour de l’instrument à vent. Il tire de nombreuses nuances de sa trompette, placée très en avant, avec une façon de jouer et des sonorités fortement inspirées de sa culture d'origine arabe.

Une pédale d’effet et l'instrumentation autour de lui (il fut accompagné sur scène par un clavier, une guitare, une basse et une batterie) lui ont permis de donner une tonalité parfois rock, électro et jazz-funk à son répertoire. Maalouf se plaît en effet à combiner des titres doux et planants à des airs reposant sur une progression rythmique qui va crescendo.

McCoy Tyner : une légende à Limur pour la seconde fois

Pour la seconde fois de l’histoire du festival, le grand pianiste McCoy Tyner a foulé la scène du Jardin de Limur, après un premier passage en 1996.

Hindi Zahra au festival Jazz à Vannes

Tyner est une authentique légende vivante du jazz, pour avoir fait notamment partie d’un des plus célèbres quartet de l’histoire du jazz mondial avec Garrison, Jones et une autre figure, John Coltrane. Un demi-siècle d’activité, une discographie étourdissante – plus de 80 albums au compteur en tant que leader – McCoy Tyner est un monstre sacré.

Amaigri et fatigué, le poids des ans fut bien visible lors de son arrivée sur scène, néanmoins ponctuée d’une révérence de politesse adressée au public. Une fois assis derrière son magnifique piano à queue, l’artiste américain trouve sans grandes difficultés les ressources et la vigueur pour assurer une partition parfaite. Virtuosité, sens du rythme, tonicité, le maître a assuré un set à la hauteur, bien qu’assez court. Entouré d’instrumentistes de son standing, évidemment, les quatre compères ont enchaîné les envolées collégiales et les solos, le tout rythmé par les interventions sporadiques mais toujours bien senties du saxophoniste Joe Lovano.

Concert du 27 au jardin de Limur | Hindi Zahra et Robin McKelle

Hindi Zahra : patchwork musical aux influences berbères

La jeune chanteuse d’origine berbère et touareg est venue défendre Handmade, son premier album sorti au début de l’année et déjà bien rôdé sur scène.

Hindi Zahra au festival Jazz à Vannes

Sous un déluge de sonorités tantôt folk, blues et traditionnelles, Hindi Zahra a promené le public de Limur sur les dunes de sa musique rythmée et entraînante. Alternant les douces ballades aux mélodies orientales avec des titres plus rythmés aux accents reggae, ska et parfois rock, la jeune chanteuse marocaine a fait l’étalage de ses (très) nombreuses influences musicales.

Certains morceaux planants, portés par une guitare acoustique et la seule voix d’Hindi évoquent clairement ses origines nord-africaines et le folklore tzigane. Mais la fusion des genres musicaux influençant la jeune femme apporte également des chansons très enlevées, aux rythmes incisifs et aux refrains accrocheurs.

Ses titres les plus dansants n’ont pas manqué, en fin de set, de faire se lever un public de Limur, qui finit par se sentir très engoncé dans sa chaise... Le dernier morceau eut fini de mettre tout le monde d’accord, les spectateurs se déhanchant avec joie sur une chanson qui lorgnait clairement du côté du disco. Tout en nuance, le rappel proposé par la jeune artiste, revenue seule sur scène, a offert une ballade ponctuée par une magnifique performance a capella.

Robin McKelle : Miss Dynamite

Avec un look à la Amy Winehouse, les tatouages en moins, et une voix que l’on compare régulièrement à Ella Fitzgerald, Robin McKelle a créé un choc des générations, aux confluences du jazz mais surtout du rythm n’ blues et de la soul.

Robin McKelle au festival Jazz à Vannes

Soutenu par une équipe de musiciens virtuoses visiblement ravie d’être là, très joueuse (et très douée), la jeune Américaine a pris un grand plaisir sur scène, après un premier passage au festival en 2007 qu’elle avait abordé tout à fait différemment : « Je suis contente de retrouver l’équipe du festival. Ma musique, tout comme moi, a beaucoup changé en trois ans. J’étais très longtemps obsédée par la recherche du show parfait, alors que j’aspire désormais, sur scène, à profiter de l’instant, de l’ambiance, du contact avec le public. » Ses échanges avec les spectateurs ont en effet été très nombreux tout au long du concert, la jeune artiste souhaitant autant que possible s’exprimer en français, une langue qu’elle apprend et un pays qu’elle semble particulièrement apprécier.

Sur scène, Robin et son line-up déménagent, le tout porté par une section cuivre affutée et un ensemble qui n’était pas sans rappeler les shows très soul du maître James « Mr Dynamite » Brown. Les musiciens ont fait preuve d’un enthousiasme communicatif qui faisait plaisir à voir, proposant presqu’une facétie par chanson (entre les contorsions du pianiste et les roulements d’un batteur qui semblait pourvu de plus d’une paire de bras…), le public passant le plus clair de son temps debout.

Concert d'ouverture du 26 sur l'esplanade du port | Lulu Jazz Band, Six Machine et Dee Alexander

 

Photos : François Le Divenah, Romain Gardet
Textes : Grégory Prijac


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